BIOGRAPHIE

Née d’un père ivoirien et d’une mère hispano-marocaine à Paris en 1968, Laïka a été élevée essentiellement par des femmes (sa grand-mère, sa mère et sa tante) dans une famille juive marocaine. Elle tient à sa culture maternelle séfarade, ouverte sur les musiques méditerranéennes. Il est à la mode de parler de métissage ; parlons plutôt d´une culture assumée, de rencontres abouties, poursuivies jusqu´en Espagne où elle réside et chante avec son mari le batteur Daniel Garcia-Bruno.

Il n´est peut-être pas étonnant que le jazz — qui trouve son universalité dans le fait d´être un langage et une culture adoptés — ait constitué l´horizon naturel d´une personnalité curieuse et désireuse de tenir un discours fort. Ses diverses formations (Ariam Ile de France, Cim, IACP) ne sont pas à la source de ce qui fait la vérité de son chant : une expression personnelle fondée sur un vécu du jazz authentique.Ce n´est pas pour rien qu´elle a pu fréquenter des gens comme Antonio Hart, Roy Hargrove, Ron Blake, David Linx… c´est-à-dire une école de musiciens dont le projet est un miroir du sien : être soi-même au sein d´un langage établi par de glorieux ancêtres qu´il ne s´agit pas d´annuler mais de respecter et de prolonger. Carmen McRae, Sarah Vaughan, Billie Holiday, Abbey Lincoln ou Dianne Reeves sont pour Laïka des inspirations, des consœurs et non des modèles à imiter ou éviter selon des options arbitraires.

Au cours de sa formation, elle rencontre notamment Sarah Lazarus, Ghislaine Delassus. Laïka se fait connaître en chantant avec le big band de Claude Bolling où elle côtoie le chanteur Jeffery Smith. Par ailleurs, elle apprend la scène sur d´autres planches, celles du théâtre. Elle s´initie avec sérieux au métier d´actrice (L´Ecole du Théâtre de Chaillot avec Aziz Kabouch, stage avec Irina Brook, à la Cartoucherie avec Philippe Adrien et Dominique Boissel, avec Jack Garfein de l´Actors´ Studio…). Sa participation à A Drum is a Woman, la comédie musicale d´Orson Welles et Duke Ellington avec Bolling et Jérôme Savary est justement une synthèse aboutie de musique et de théâtre (Palais de Chaillot, 1996).Elle mène ainsi une double carrière de musicienne et d´actrice et joue au théâtre (Oli-Ola d´Eva Kaczor, 1999 ; Peau d'Ane, par Jean-Luc Jeener au Théâtre du Nord Ouest, 1999/2000 ; Variations sur un Thème de Xaxier Lacouture, rôle du petit prince, mise en scène par l'auteur, 2000 ; L´Indien en Smoking d´Antoine Campo, musique de Villa-Lobos, mise en scène par l´auteur au Conservatoire de Montreuil, 2000 ; Los Sobrinos del Capitan Grant adaptation de Jules Verne, mise en scène par Paco Mir au Théâtre de la Zarzuela à Madrid, 2001/2002/2003/2004). On la retrouve aussi dans Hasards ou Coïncidences de Claude LELOUCH.

Seulement voilà, le démon du jazz est le lieu où son expression personnelle prend toute son ampleur. C´est donc en vocaliste et leader d´un quintet qu´elle affirme sa musique. Après avoir chanté avec Sixun, David El-Malek, et Julien Lourau, c´est sa musique qu´elle propose aujourd´hui avec un album qu´elle portait en elle depuis longtemps. Look at me now ! est donc une injonction pressée par un besoin artistique, celui qui la pousse à écrire de nombreux textes sur des thèmes inédits au chant. C´est ainsi que l´on rencontre dans son répertoire Wayne Shorter ou Joe Henderson, ou des compositeurs contemporains comme Nicholas Payton. C´est grâce à des rencontres avec une famille de musiciens que prend forme sa musique. On remarque notamment la voix affirmée de David El-Malek, ténor parisiano-israëlien de grand talent, présence colorant chaque contre-chant de Laïka de volutes mélodiques sans concesssion. Là où la mode dicte de tourner le dos au jazz “classique” pour faire neuf, Laïka préfère se le réapproprier, ajoutant sa touche singulière si bien que d´habillages en renouvellement, les thèmes connus qu´elle interprète sont entièrement rénovés.


"Il y a deux sortes de chanteuses, celles qui s'écoutent chanter et celles qui se contentent de dire le texte. Pour ma part, je préfère entendre le texte plutôt que des effets et autres acrobaties vocales vides de sens et d'émotion. "Cette profession de foi donne sens à son traitement très particulier de morceaux inhabituels."

Look at me now ! est une lettre ouverte, un hommage à cette femme que fût ma mère.
Throw it Away, je le chante pour ma tante à l'époque où elle n'avait pas terminé le deuil de sa sœur — ma mère — et je lui disais qu'il fallait bien un jour laisser les choses derrière soi et lâcher prise...Je m'adresse aussi aux gens (comme moi d'ailleurs) qui ont toujours peur de perdre quelque chose. En fait dans ce morceau, Abbey Lincoln, nous dit qu'on ne peut jamais perdre quelque chose qui nous appartient.
Dans le This is for Albert écrit par Wayne Shorter, j'ai imaginé les circonstances de la mort d'Albert Ayler.
On l'a retrouvé noyé dans l'East River à New York, alors j'ai essayé de comprendre comment il était arrivé là.
Avec Zigaboogaloo, j'ai raconté un peu ma vision de la folie, et ce "Zigaboogaloo" pourrait être cette petite chose, ou cette grande chose que chacun d'entre nous a en lui, selon moi, et qui l'empêcherait de le faire basculer du mauvais côté.
Where are the Words est une composition de Frank Severino. Ce thème est comme un passeport pour moi, il m'a ouvert La Porte, j'ai pu m'exprimer avec le texte d'un étranger qui est complètement moi, c'est exactement ce que je serais capable de dire à ma mère aujourd'hui.
Inchworm est pour mes deux petits.
Le Serenity de Joe Henderson, rebaptisé "Silver Town" me permet de raconter la mort de ma mère à Argentan.
Eleanor Rigby est pour moi un poème. Originellement il s'appelait "Miss Daisy Hawkins" et Paul McCartney l'a renommé "Eleanor Rigby". J'ai lu qu'il trouvait que ça sonnait plus naturel. Alors j'ai cherché qui pouvait être cette Eleanor, et j'ai lu que Rigby c'était le nom d'une boutique que Paul connaissait et Eleanor Bron était une comédienne qui tournait dans le film Help. Donc j'étais un peu déçue de découvrir qu'Eleanor Rigby n'existait pas en tant que personne, mais en même temps ça m'a ramené à la réalité des choses et je me suis dit qu'Eleanor Rigby c'est nous, ce sont les gens qu'on croise dans le métro, dans la rue, dans les clubs, enfin c'est un bel hommage aux gens de tous les jours."